Le métier de formateur en Tunisie est en train de changer. Voici comment.
Former n'est plus ce que c'était. En dix ans, le métier de formateur s'est profondément reconfiguré sous l'effet de la digitalisation, des nouvelles attentes des entreprises et des évolutions des apprenants eux-mêmes. Ces transformations, bien documentées en Europe, touchent aussi la Tunisie, avec ses propres rythmes et ses propres spécificités. Pour les responsables formation et les DRH tunisiens, comprendre ces mutations n'est pas une question de veille tendance : c'est une condition pour construire des politiques de formation qui produisent des résultats réels.
La formation initiale ne suffit plus
Le premier constat est aussi le plus structurant : la formation initiale, qu'elle soit universitaire ou professionnelle, ne peut plus seule préparer un collaborateur à l'ensemble de sa vie professionnelle. Les métiers se transforment trop vite. Les technologies redéfinissent les compétences requises. Les organisations évoluent. Ce qui était acquis à 25 ans peut être obsolète à 35.
Cette réalité n'est pas nouvelle dans les pays où la formation continue est structurée et financée depuis des décennies. Elle prend une acuité particulière en Tunisie, où le tissu économique se transforme rapidement sous l'effet de la numérisation des entreprises, des exigences croissantes des donneurs d'ordre internationaux et de l'arrivée de nouvelles générations de collaborateurs aux attentes radicalement différentes de leurs aînés.
Le résultat est une pression croissante sur les politiques de formation des entreprises tunisiennes : il ne s'agit plus de former pour cocher une case réglementaire ou utiliser la Taxe de Formation Professionnelle avant qu'elle ne soit perdue. Il s'agit de construire une capacité collective à apprendre et à s'adapter en continu. C'est un changement de paradigme, pas d'outil.
Former n'est plus un objectif en soi. Il s'agit de former pour aboutir à un résultat mesurable, ancré dans la réalité opérationnelle de l'entreprise.
Empowill, "L'évolution de la formation professionnelle", 2026
Le formateur change de rôle : de transmetteur à architecte de l'apprentissage
Pendant longtemps, le formateur était avant tout un expert qui transmettait un savoir à des apprenants supposément vides. Ce modèle, hérité de la pédagogie scolaire, a montré ses limites. Les études sur le transfert des compétences sont convergentes : exposer quelqu'un à de l'information ne garantit pas qu'il saura l'utiliser en situation de travail. La transmission n'est pas l'apprentissage.
Le formateur contemporain est davantage un architecte de situations d'apprentissage. Son rôle est de créer les conditions dans lesquelles l'apprenant va construire activement sa compétence, la mettre en pratique, la confronter à des situations réelles et la consolider dans la durée. C'est un travail de conception, de facilitation et d'accompagnement, pas de conférence.
Concrètement, cela se traduit par trois nouvelles postures que les formateurs efficaces développent aujourd'hui.
Facilitateur
Le formateur crée les conditions de l'apprentissage plutôt que d'en être le centre. Il pose les questions, structure les échanges entre pairs, gère la dynamique du groupe et aide chaque apprenant à relier les contenus à sa propre expérience. Dans cette posture, le savoir ne vient pas exclusivement du formateur : il émerge du groupe, avec le formateur comme guide.
Concepteur de parcours
La formation ne commence plus quand le participant entre en salle et ne finit pas quand il en sort. Le formateur conçoit désormais un parcours : une préparation en amont qui active les connaissances existantes, une session qui travaille les compétences en profondeur, et un suivi post-formation qui ancre les acquis dans les pratiques quotidiennes. Sans ce travail de conception en amont et en aval, la session elle-même produit peu d'effet durable.
Accompagnateur de l'application
La question que tout responsable formation devrait poser n'est pas "les participants ont-ils apprécié la formation ?" mais "est-ce que les compétences travaillées sont effectivement mises en oeuvre sur le poste de travail ?" Ce transfert des apprentissages vers la pratique est le véritable enjeu. Le formateur qui accompagne ce transfert, par des points de suivi, des échanges post-formation ou des défis à relever en situation réelle, produit des résultats radicalement différents de celui qui livre une session sans suite.
Hier : expert d'un sujet, à l'aise à l'oral, capable de structurer un cours.
Aujourd'hui : expert d'un sujet ET ingénieur pédagogique ET facilitateur ET concepteur de dispositifs d'apprentissage ET capable d'évaluer l'impact de son intervention sur la performance réelle des apprenants. Le niveau d'exigence a considérablement monté.
Les méthodes qui changent vraiment les résultats
Au-delà des postures, certaines approches pédagogiques produisent des résultats nettement supérieurs aux formats classiques. En voici trois qui méritent l'attention des responsables formation tunisiens.
La pédagogie active
Le principe est simple : on apprend mieux en faisant qu'en écoutant. Les études en sciences cognitives le confirment régulièrement. Une formation qui alterne exposés théoriques courts et mises en pratique immédiates, études de cas réels, jeux de rôles et simulations produit des compétences plus solides et mieux ancrées qu'un cours magistral de même durée. Dans le contexte tunisien, cette approche demande souvent un travail préalable de conviction auprès des participants : certains apprenants, habitués au mode transmission depuis leur scolarité, peuvent initialement résister à une pédagogie plus participative. C'est un investissement en début de parcours qui se révèle payant sur la durée.
Le blended learning
La combinaison de moments présentiels et de travail à distance n'est pas simplement une réponse logistique aux contraintes géographiques ou budgétaires. Bien conçu, le blended learning permet d'utiliser le présentiel pour ce qu'il fait de mieux (créer des dynamiques de groupe, travailler les situations complexes, ancrer les acquis dans l'échange) et le distanciel pour ce que le présentiel fait moins bien (progresser à son rythme, revenir sur un concept, s'exercer sans pression du groupe). En Tunisie, le blended learning reste sous-utilisé, en partie parce que la connectivité reste inégale et parce que les entreprises n'ont pas encore développé les pratiques d'apprentissage asynchrone chez leurs collaborateurs. C'est cependant un levier de démocratisation de la formation considérable, particulièrement pour les entreprises multi-sites ou celles dont les collaborateurs sont difficiles à mobiliser en présentiel.
Le microlearning
L'idée est de fractionner l'apprentissage en unités courtes, ciblées, mobilisables en quelques minutes. Plutôt qu'une journée de formation dense qui mobilise un collaborateur et surcharge sa mémoire de travail, le microlearning propose dix modules de dix minutes chacun, répartis sur plusieurs semaines. La recherche en neurosciences de l'apprentissage montre que l'espacement dans le temps est l'un des facteurs les plus puissants pour ancrer durablement une compétence. Pour les entreprises tunisiennes dont les équipes opérationnelles sont difficiles à extraire de leur poste, le microlearning offre une alternative sérieuse à la formation classique.
Ce que tout cela change pour les entreprises tunisiennes
Ces évolutions du métier de formateur ont des implications directes sur la manière dont les entreprises tunisiennes devraient penser leur politique de formation.
Choisir ses formateurs autrement
Un formateur qui maîtrise son sujet mais anime des cours magistraux sans pédagogie active est moins efficace qu'un formateur qui combine expertise et ingénierie pédagogique. Lors du choix d'un prestataire de formation, il vaut la peine de demander : comment la session est-elle conçue ? Quelle part est dédiée à la pratique ? Quel dispositif de suivi post-formation est proposé ? Ces questions permettent de distinguer une formation qui produit des compétences d'une formation qui produit seulement de la satisfaction à chaud.
Penser au-delà de la session
La valeur d'une formation ne se mesure pas le jour où elle se tient. Elle se mesure trois mois plus tard, quand on vérifie si les compétences travaillées sont effectivement déployées sur le terrain. Mettre en place des dispositifs simples d'évaluation post-formation, même informels, permet de distinguer les formations qui transforment vraiment des formations qui ne font que remplir un plan de développement des compétences.
Investir dans la culture de l'apprentissage
La formation la plus bien conçue produit peu d'effet si elle arrive dans un environnement où apprendre n'est pas valorisé. Les entreprises qui obtiennent les meilleurs retours sur leurs investissements en formation sont celles où les managers encouragent et reconnaissent l'apprentissage, où les collaborateurs ont le temps et l'espace pour intégrer les nouvelles compétences, et où le droit à l'erreur en situation d'apprentissage est accepté. Développer cette culture est un travail de fond qui commence par le management de proximité.
Anticiper le RNCCFP
Nous en avons parlé dans un article précédent : le Répertoire National des Compétences et Certifications de la Formation Professionnelle, lancé en juin 2026, va redéfinir le paysage de la formation en Tunisie d'ici 2029. Pour les entreprises qui investissent dans la formation de leurs équipes, anticiper ce changement en construisant dès maintenant des plans de développement des compétences alignés sur des référentiels clairs et reconnus est un avantage stratégique.
La position d'Helyos
Ces évolutions décrivent exactement la trajectoire qu'Helyos a choisie depuis sa création. Nous ne livrons pas des contenus, nous concevons des situations d'apprentissage. Nos formateurs ne sont pas des conférenciers : ce sont des praticiens de leurs domaines qui savent créer les conditions dans lesquelles les participants vont réellement changer quelque chose à leur façon de travailler.
Chaque programme que nous proposons est précédé d'un diagnostic des besoins réels, conçu en fonction du profil des participants et du contexte de l'entreprise, et suivi d'une évaluation des acquis. Ce n'est pas une posture marketing : c'est notre méthodologie de travail depuis le premier jour.
Si vous souhaitez examiner ensemble ce que votre politique de formation actuelle produit réellement, et comment la faire évoluer vers plus d'impact, nous sommes disponibles pour en discuter.
- Empowill, "L'évolution de la formation professionnelle", 2026
- Laurent Papot, "Les évolutions du métier de formateur : défis et opportunités", Le Blog de la Formation, février 2025
- Helyos, "RNCCFP : ce que le nouveau répertoire national des compétences va changer pour la formation professionnelle en Tunisie", juin 2026