RNCCFP : ce que le nouveau répertoire national des compétences va changer pour la formation professionnelle en Tunisie
Le 2 juin 2026, le ministère de l'Emploi et de la Formation professionnelle a officiellement lancé les travaux d'élaboration du Répertoire national des compétences et des certifications de la formation professionnelle (RNCCFP). Derrière l'acronyme, une réforme structurelle qui va redéfinir le paysage de la formation en Tunisie d'ici 2029. Ce que cela change, concrètement, pour les entreprises, les organismes de formation et les salariés.
Un chantier attendu depuis longtemps
Le système tunisien de formation professionnelle souffre depuis des années d'un problème de lisibilité. Il compte aujourd'hui 574 spécialités de formation réparties sur de nombreux secteurs, selon les chiffres communiqués lors de la journée de lancement. Cette diversité, qui témoigne de la richesse du tissu économique national, est aussi devenue un frein : les employeurs peinent à déchiffrer les certifications, les diplômés rencontrent des difficultés de reconnaissance à l'étranger, et les organismes de formation naviguent dans une nomenclature hétérogène et parfois contradictoire.
Le RNCCFP — également désigné RTCCFP dans certaines communications officielles, les deux acronymes coexistant à ce stade des travaux, vient répondre à cette confusion en créant une référence unique, centralisée et harmonisée pour l'ensemble du secteur.
« Le point central de la réforme du système de formation professionnelle est le Code tunisien des compétences et des certificats de formation professionnelle. Il est essentiel d'harmoniser ces spécialisations, ce qui aura un impact positif sur la reconnaissance des contenus de formation. »
Riadh Chaoued, ministre de l'Emploi et de la Formation professionnelle
Qu'est-ce que le RNCCFP exactement ?
Le Répertoire national des compétences et des certifications de la formation professionnelle est un outil de gouvernance destiné à centraliser, organiser et actualiser l'ensemble des données relatives aux compétences et aux certifications professionnelles en Tunisie. Concrètement, il prendra la forme d'une plateforme numérique nationale hébergeant :
- La liste exhaustive et codifiée des spécialités de formation professionnelle
- Les référentiels de compétences associés à chaque spécialité
- Les certifications reconnues et leurs conditions de délivrance
- Les passerelles avec les référentiels africains et européens
L'objectif est de constituer une base de données de référence fiable accessible à l'ensemble des acteurs du secteur : apprenants, employeurs, organismes de formation, investisseurs et institutions publiques.
- 574 spécialités de formation professionnelle actuellement recensées en Tunisie
- 22,5 millions d'euros d'enveloppe globale du programme PASE-OS3 (UE + BMZ)
- 120 participants à la journée de lancement du 2 juin 2026
- 9 mois d'ateliers sectoriels participatifs prévus
- 2028 : date cible d'aboutissement du répertoire
- 2029 : mise en opération effective estimée
Qui porte ce projet et avec quels moyens ?
Le RNCCFP est un projet partenarial d'envergure. Il s'inscrit dans le cadre du Programme intégré d'appui au secteur de l'éducation (PASE-OS3), cofinancé par l'Union européenne et le ministère fédéral allemand de la Coopération économique et du Développement (BMZ), pour une enveloppe globale de 22,5 millions d'euros.
Sa mise en œuvre est confiée à la GIZ Tunisie (Agence allemande de coopération internationale), en partenariat avec trois ministères tunisiens : l'Emploi et la Formation professionnelle, l'Économie et la Planification, et l'Enseignement supérieur et la Recherche scientifique.
La journée de lancement du 2 juin 2026 à l'Académie diplomatique de Tunis a réuni des représentants de l'Union européenne, de la coopération allemande, de l'UTICA et de nombreuses fédérations sectorielles, témoignant de la dimension concertée de l'initiative.
Le calendrier en trois phases
Le projet se déroule selon une séquence structurée :
- Phase 1 : Harmonisation des secteurs et spécialités : recensement, codification et rationalisation des 574 spécialités existantes, avec la participation active des fédérations professionnelles pour identifier les compétences réellement recherchées par les secteurs productifs.
- Phase 2 : Conception de la plateforme numérique : développement de l'outil digital qui centralisera les données et permettra la consultation en ligne par tous les acteurs.
- Phase 3 : Connexion aux référentiels internationaux : alignement de la nomenclature tunisienne sur les standards africains et européens pour faciliter la reconnaissance mutuelle des certifications.
Un bureau spécialisé coordonnera des ateliers sectoriels participatifs sur une période de neuf mois. L'aboutissement du répertoire est attendu pour 2028, avec une mise en opération effective estimée au plus tard en 2029.
Ce que cela change pour les entreprises
Une meilleure lisibilité des compétences disponibles
Pour les DRH et responsables formation, le RNCCFP représente un changement significatif dans la manière de recruter et d'évaluer les profils. Aujourd'hui, un même métier peut être couvert par plusieurs certifications aux intitulés différents selon l'établissement de formation, ce qui rend la comparaison difficile. Demain, une nomenclature unifiée permettra de savoir précisément ce que recouvre chaque certification et quelles compétences elle garantit.
Un levier pour les plans de formation
La construction des plans de formation annuels, notamment dans le cadre du dispositif de la Taxe de Formation Professionnelle (TFP), s'appuiera sur un référentiel de compétences stabilisé et reconnu. Les entreprises pourront mieux argumenter leurs choix de formation auprès des organismes financeurs et mieux évaluer le retour sur investissement de leurs actions.
La reconnaissance internationale des compétences tunisiennes
Pour les entreprises qui recrutent des profils tunisiens pour des postes à l'international, ou qui travaillent avec des partenaires étrangers, la convergence du système tunisien avec les référentiels africains et européens facilitera la valorisation des compétences de leurs équipes.
Ce que cela change pour les organismes de formation
Les cabinets et centres de formation comme Helyos sont directement concernés par cette réforme à plusieurs titres. La rationalisation des spécialités implique une révision des programmes pédagogiques pour les aligner sur les nouveaux référentiels de compétences. Elle ouvre aussi des opportunités : les organismes qui sauront anticiper et intégrer le RNCCFP dans leur offre seront mieux positionnés pour répondre aux appels d'offres publics et aux demandes des grandes entreprises.
La plateforme numérique prévue devrait également offrir une meilleure visibilité aux organismes dont les formations seront référencées et reconnues dans le répertoire.
Les enjeux de la mise en œuvre
Si le projet est ambitieux, sa réussite dépendra de plusieurs facteurs critiques. La qualité de la concertation sectorielle, d'abord : les 574 spécialités ne pourront être rationalisées que si les fédérations professionnelles jouent le jeu de la participation active. La vitesse d'adoption ensuite : un répertoire opérationnel en 2029 suppose que les établissements de formation aient le temps d'adapter leurs programmes. Enfin, la robustesse de la plateforme numérique, dont dépendra la réelle accessibilité du système pour tous les acteurs.
Le fait que l'UTICA et les fédérations sectorielles aient été associées dès la journée de lancement est un signal encourageant. La présence de l'Union européenne comme cofinanceur apporte également des garanties méthodologiques sur la qualité du processus.
Deux acronymes coexistent dans les communications officielles pour désigner ce même projet : RNCCFP (Répertoire national des compétences et des certifications de la Formation Professionnelle) dans les articles de presse, et RTCCFP (Répertoire Tunisien des Certifications et Compétences de la Formation Professionnelle) dans la communication de la GIZ Tunisie. Les deux désignent le même chantier. La dénomination officielle sera probablement stabilisée dans les prochains mois.
La perspective d'Helyos
En tant que cabinet de formation et de conseil RH actif depuis 2021 en Tunisie et dans la région MENA, Helyos suit avec attention les travaux d'élaboration du RNCCFP. Cette réforme s'inscrit dans une dynamique que nous observons depuis plusieurs années : la demande croissante des entreprises pour des formations certifiantes, mesurables et reconnues, non seulement en Tunisie mais aussi à l'international.
Nous y voyons une opportunité pour l'ensemble du secteur de la formation professionnelle tunisienne de gagner en crédibilité et en structuration. Elle impose aussi une exigence renouvelée aux organismes de formation : construire des programmes véritablement alignés sur les compétences du marché du travail, et non sur des catalogues figés.
Nous publierons des mises à jour au fil de l'avancement des travaux sectoriels. Si vous souhaitez échanger sur les implications du RNCCFP pour votre entreprise ou votre politique de formation, contactez-nous.